Laboratoire d'étude sur la schizophrénie et les psychoses orientés vers l'intervention et le rétablissement.

Laboratory for education on schizophrenia and psychoses oriented to intervention and recovery.

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NOUVELLES

TOUT CE QU'IL Y A DE NOUVEAU DANS LA RECHERCHE EN SCHIZOPHRÉNIE

Corrélats et modérateurs de la résistance à la stigmatisation chez les personnes ayant des troubles mentaux graves 

09 octobre 2019

Résumé et vulgarisation par Briana Cloutier


Les individus avec un trouble mental grave (TMG) peuvent subir de la stigmatisation sociétale (c.-à-d., la stigmatisation imposée par les autres sous forme de rejet, de discrimination ou d'agression), de l’auto-stigmatisation (c.-à-d., la stigmatisation induite par l’individu lui-même via l’acceptation des attitudes et croyances négatives en lien avec sa condition) ou les deux. Cependant, de nombreuses personnes avec un TMG présentent également une certaine résistance à la stigmatisation se manifestant par le refus d'adhérer aux perspectives stigmatisantes et le développement d'une identité distincte de la maladie mentale.

 

La présente étude visait à clarifier la relation entre l'autostigmatisation et la résistance à la stigmatisation chez 353 adultes ayant un diagnostic de schizophrénie ou de trouble schizo-affectif. Les résultats suggèrent que l'autostigmatisation et la résistance à la stigmatisation sont des processus distincts mais liés, avec la résistance à la stigmatisation contribuant au rétablissement. Plus spécifiquement, les participants présentant des niveaux plus élevés de résistance à la stigmatisation ont demontré un meilleur fonctionnement social et une meilleure estime de soi. Ils ont également plus souvent eu recours à des stratégies d’adaptation centrées sur les problèmes, tandis que les participants présentant des niveaux plus élevés d’autostigmatisation ont eu plus souvent recours à des stratégies d’adaptation évitantes, stratégies ayant tendance  à augmenter les perceptions négatives de soi. Bien que des niveaux plus élevés d’autostigmatisation aient été associés aux sentiments de désespoir dans tous les groupes d’âge, cette relation était plus forte chez les participants plus jeunes, ce qui souligne la nécessité d’intervenir tôt chez ceux vivant beaucoup d’autostigmatisation. Il a également été constaté que l’origine ethnique influençait la relation entre la résistance à la stigmatisation et l’autostigmatisation, de sorte que la « double stigmatisation » vécue par les personnes d’une minorité visible diminuait les effets positifs de la résistance à la stigmatisation sur l’autostigmatisation.

 

Cela souligne la nécessité de poursuivre les recherches sur le rôle de l'ethnicité dans la stigmatisation liée à la santé mentale. Pour mieux comprendre l’impact de l’autostigmatisation et de la résistance à la stigmatisation tout au long de la vie, les futures études devront suivre les individus avec un TMG au fil du temps et évaluer comment ces deux variables s’influencent mutuellement et interagissent avec d’autres facteurs importants (p. ex., les symptômes, la qualité de vie). Des interventions conçues pour augmenter la résistance à la stigmatisation et réduire l'autostigmatisation doivent également être mises au point afin de favoriser le rétablissement des personnes avec un TMG.

Pour voir l'article complet : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0165178118305043

O'Connor, L. K., Yanos, P. T., & Firmin, R. L. (2018). Correlates and moderators of stigma resistance among people with severe mental illness. Psychiatry research, 270, 198-204.

TCC et rétablissement en schizophrénie – une combinaison gagnante

 

Résumé et vulgarisation par Camille Vézina

La schizophrénie a longtemps été considérée comme un diagnostic à vie qui laissait peu d’espoir pour les personnes atteintes. Cependant, les dernières décennies ont permis de démontrer que la plupart des personnes avec ce diagnostic peuvent se rétablir et vivre une vie satisfaisante. De plus en plus de chercheurs et cliniciens se concentrent sur le concept de rétablissement, c’est-à-dire aider la personne à retrouver l’espoir, l’autonomie et d’aspirer à des buts personnels et de les accomplir malgré les obstacles liés au trouble mental. Cet article offre un bel exemple de la thérapie cognitive comportementale et comment elle se marie au concept de rétablissement à l’aide d’un cas clinique. 

Plusieurs personnes atteintes de schizophrénie entretiennent des croyances défaitistes et des attitudes négatives sur leur capacité à atteindre leurs objectifs. « Je ne serai jamais assez bon pour compléter un diplôme d’étude » ou « je ne vaux rien » sont des phrases que l’on peut entendre fréquemment. Ces croyances et attitudes empêchent les individus de s’accomplir et encouragent la non-action et les symptômes négatifs, tels que le manque d’énergie, le manque de motivation et la perte de plaisir. La médication a peu d’effets sur ces symptômes et ceux-ci affectent beaucoup la vie des personnes atteintes. C’est pourquoi il est très difficile pour eux d’élaborer des objectifs de vie et de les réaliser. 

La thérapie cognitive comportementale basée sur le concept de rétablissement comporte trois étapes pour amener la personne à réaliser ses objectifs personnels malgré les symptômes négatifs. La première étape consiste à construire la relation thérapeutique, c’est-à-dire une relation de confiance entre le thérapeute et la personne suivie, et ainsi développer l’engagement à la thérapie. Le thérapeute se concentre sur l’individu lui-même et ses intérêts, et non sur son trouble mental. La deuxième étape de la thérapie consiste à déterminer des objectifs personnels. Ensuite, avec l’aide du thérapeute, la personne élabore les différentes étapes pour atteindre ses objectifs. Ceux-ci se doivent d’être concrètes et mesurables. La troisième étape de la thérapie consiste à éliminer les obstacles que la personne rencontrera durant la réalisation de ses objectifs. Les obstacles sont presque toujours liés aux croyances dysfonctionnelles qui maintiennent les symptômes négatifs. Il s’agit donc de travailler sur ces croyances dysfonctionnelles et de trouver des méthodes pour éliminer les obstacles futurs.

La thérapie cognitive basée sur le concept de rétablissement se montre efficace pour diminuer les symptômes négatifs, les croyances dysfonctionnelles et pour favoriser le rétablissement des individus atteints de schizophrénie. Celle-ci offre une source d’espoir et des techniques pour réaliser leur plein potentiel, malgré leur diagnostic de schizophrénie.

Pour voir l’article complet : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1155170418300910#!

Vidal S, Huguelet P. (2018). Thérapie cognitive basée sur le concept de rétablissement pour la schizophrénie : un cas clinique. Journal de thérapie comportementale et cognitive https://doi.org/10.1016/j.jtcc.2018.11.001

12 juin 2019